03 mai 2009
L'évaluation psychosociale en adoption
Maintenant que notre dossier est complet et que ce long processus est terminé, j'ai envie de parler de cette étape que les parents adoptants doivent traverser.
Premier sentiment éprouvé envers cette étape obligatoire pour avoir le droit d'adopter :injustice. "Des gens proprement incompétents ont des enfants et n'ont pas à passer par cette évaluation." "C'est déjà difficile de ne pas pouvoir avoir d'enfants, alors une évaluation en plus..." On lit et on nous explique que l'adoption concerne le fait de donner une famille à un enfant, et non donner un enfant à des gens. Mais le sentiment d'injustice demeure tout de même.
En ce qui me concerne, ce sentiment m'a brièvement effleurée. Nicolas en a été révolté plus longtemps.
C'est vrai que c'est "injuste", mais d'un autre côté, après avoir lu et lu et lu encore sur l'adoption, autant des études que des témoignages, j'en suis arrivée rapidement à la conclusion que le lien qui, idéalement, se développera entre les enfants adoptés et les parents adoptants, n'est pas aussi "naturel" que celui qui se développe entre des enfants naturels et leurs parents de naissance.
En ce qui nous concerne, nous adoptons deux enfants. Ces enfants pourront avoir jusqu'à 48 mois au moment où nous nous rencontrerons. Ils auront donc déjà une histoire. Et dans les faits, même s'ils n'avaient que 2 mois, ils auraient aussi une histoire que nous ne pouvons connaître qu'en partie. Qui sait ce qu'ils auront vécu avant de se retrouver dans nos bras ? Qui sait s'ils auront déjà été aimés, cajolés ou au contraire battus ou négligés ? Une chose sera certaine, toutefois : ils auront été abandonnés. Et cet abandon ne disparaîtra pas parce que, tout à coup, nous sommes là. Notre présence dépend de l'abandon.
Après avoir beaucoup lu, donc, il m'est rapidement apparu nécessaire, pour eux, de savoir si j'avais des difficultés qui pourraient les faire souffrir encore plus qu'ils n'avaient déjà souffert.Pour toutes ces raisons, je me suis dit que je serais le plus transparente possible avec notre psychologue.
Lorsqu'elle est arrivée à la maison, pour la première rencontre, je n'étais pas trop nerveuse. Je sais que les gens trouvent notre maison chaleureuse et, en plus, que la visite ne durerait environ 1 heure. Je me doutais aussi que les questions plus profondes ne seraient pas abordées devant Victor. En effet, j'ai remarqué que la psychologue balayait des yeux les photos sur les murs, les traces d'artisanat un peu partout, mais rien de plus. Par contre, elle a bien observé Victor et nos interractions avec lui et l'a questionné sur ses sentiments envers l'adoption. Elle nous a aussi posé quelques questions de base sur notre désir d'adopter, le choix du pays, nos sentiments envers l'expertise, etc. Un autre rendez-vous a été fixé et elle est partie.
La semaine suivante, la "vraie" rencontre a eu lieu. Cette fois, la nervosité était plus intense. Une "évaluation", ce n'est quand même jamais plaisant...
Pendant chacun deux heures, individuellement, nous l'avons rencontrée. Tandis que l'un parlait avec elle, l'autre faisait un test psychologique (la Colombie demande deux évaluations : psychosociale et psychologique). L'entrevue commençait par des questions sur nos origines, notre enfance, nos relations avec nos parents et la famille élargie, et se rendait jusqu'à notre vie aujourd'hui. Je savais que les problèmes vécus dans le passé n'était pas un frein à l'adoption s'ils étaient résolus dans le présent. J'ai donc parlé le plus sincèrement possible de mes difficultés avec l'anorexie à l'adolescence, de mes relations difficiles avec des parents très stricts, du deuil de la fertilité qui a été long et ardu, de la dépression. J'ai aussi parlé de mes amitiés qui durent depuis plus de 20 ans, de Nicolas et de la chance que j'ai de l'aimer et d'être aimée par lui, de mon amour pour Victor et du fait qu'il me le rend bien, de mon bonheur d'avoir recommencé à enseigner. Oui, j'ai tout dit. Je voulais être certaine qu'elle avait tous les éléments en main et que si j'avais encore des choses à régler, je le saurais.
Nicolas et moi avons ensuite été réunis dans son bureau pour parler avec elle de notre relation. Encore là, nous avons été très honnêtes, parlant des difficultés d'adaptation du début jusqu'à notre superbe entente d'aujourd'hui. Nicolas a parlé du fait que, me connaissant depuis 18 ans, il était au courant que je pouvais pas avoir d'enfants et que j'en voulais, qu'il était heureux de devenir père 3 fois, etc.
Et nous avons ainsi abordé la question de l'adoption d'une fratrie... Là, les choses se sont corsées. Adopter un enfant, c'est une chose, mais en adopter deux, c'en est une autre. Les centres jeunesses du Québec exigent davantage de compétences pour adopter une fratrie. Elle m'a donc avisée qu'il était possible qu'elle accepte l'adoption pour un enfant, mais que pour deux, rien n'était certain. Il nous fallait appeler son responsable, lire sur le sujet et en discuter en profondeur, et une autre rencontre aurait ensuite lieu dans quelques semaines.
Nous avons donc fait toutes les démarches qu'elle nous avais demandé de faire, avons discuté aussi beaucoup de la question de l'adoption d'une fratrie. Je dois avouer qu'en ce qui me concerne, je n'étais plus certaine de vouloir vraiment adopter deux enfants. Nicolas. quant à lui, avait lancé l'idée dès le départ et continuait à avoir envie de le faire. D'un autre côté, il nous fallait tout de même se questionner sur l'attention et l'amour que nous pourrions donner à deux enfants en même temps. Et que ferions-nous si un des deux nous rejetait et continuait, par exemple, à n'accoder de l'autorité qu'à son frère ou sa soeur ? Comment réagirions-nous si les deux enfants faisaient front commun contre nous (comme ça arrive fréquemment) ? Et si nous accordions trop d'attention au plus petit des deux ? Nous avons donc brièvement hésité, peut-être même remis complètement en question ce projet de fratrie, mais nous avons finalement choisi de continuer dans cette direction.
Quand nous avons rappelé notre psychologue pour l'en aviser, une semaine plus tard, un autre rendez-vous a été fixé. Nicolas étant à Montréal presque toute la semaine, je m'y suis rendue seule. Pendant environ 30 minutes, j'ai exposé à notre psychologue nos motivations et je lui ai parlé des lectures que nous avions faites et des discussions que nous avions eues. À la fin de l'entretien, elle m'a dit que notre décision semblait maintenant suffisamment réfléchie, contrairement à la rencontre précédente (Ce avec quoi j'étais entièrement d'accord. Je l'ai d'ailleurs remerciée de nous avoir permis de questionner davantage nos motivations.)
Elle a souligné notre ouverture, notre belle relation entre nous et avec Victor... et a finalement dit qu'elle approuvait totalement notre demande et que nous recevrions nos rapports prochainement... Je l'ai encore remerciée et suis partie.
Et les larmes se sont mises à couler. Et j'ai ri. Pour la première fois, la première vraie fois, je savais ce qu'était pleurer de bonheur... J'étais folle de joie et je pleurais en souriant à tout le monde.
Voilà... L'évaluation psychosociale, ce n'était que ça ? Nicolas et moi parlons beaucoup de nos valeurs, de notre vie, de nos pensées, de nos émotions. Nous avions donc seulement parlé avec elle de ce dont nous parlons déjà souvent. Étant donné toutes les questions que nous nous posons, il avait été facile de les aborder avec elle. Par contre, si nous avions refusé de discuter de certains sujets entre nous, je ne suis pas certaine que ce processus aurait été aussi facile.
Nous avons maintenant les rapports entre les mains et quand nous les avons envoyés à l'agence d'adoption, la directrice nous a dit qu'elle en était très impressionnée (et très surprise), que notre évaluatrice était une personne très rigoureuse et qu'elle ne faisait aucun compromis sur la question de l'adoption. De notre côté, nous avons vécu une expérience très positive, malgré le stress qui l'accompagne presque inévitablement.
Des trucs, donc, pour se préparer à l'agrément d'un projet d'adoption :
- Se questionner, se remettre en question et se questionner encore sur l'adoption
- Lire beaucoup sur le sujet (l'adoption, l'enfant rêvé, l'attachement, l'adaptation, la famille)
- Parler avec des gens qui ont adopté et qui ont été adoptés
- Discuter trop plus que pas assez avec son conjoint quand la demande est faite par un couple
- En parler beaucoup avec la famille et les amis
- Réfléchir longuement sur le sujet et ne prendre aucune décision à la légère
- Se donner le droit de changer d'idée, autant en ce qui concerne le nombre d'enfants, l'origine, le sexe, l'âge qu'en ce qui a trait au fait de ne pas avoir d'enfants
- Faire le deuil de l'enfant naturel, dans les cas d'infertilité
- Regarder lucidement sa relation de couple et sa relation avec les enfants présents dans la famille, si c'est le cas
- Questionner sa capacité à aimer un enfant qui est né d'une autre mère, qui a une histoire qu'on ne connaîtra peut-être jamais et qui voudra peut-être entreprendre des recherches plus tard pour retrouver ses origines
- Se questionner sur le fait que notre enfant ne nous ressemblera peut-être pas, que sa peau aura peut-être une autre couleur que la nôtre, que de parfaits inconnus pourront peut-être vous dire que "vous êtes gentils d'avoir sauvé une petite Chinoise"...
- Prendre conscience que c'est fondamental que l'enfant sache dès le premier jour qu'il est né d'une autre mère.
Ce ne sont que quelques-unes des questions auxquelles il faut réfléchir. Pour connaître quelles questions sont les plus importantes, en ce qui vous concerne, je vous suggère une chose : demandez-vous à quelle(s) question(s) vous n'avez pas envie de répondre ou de penser... C'est certainement à ça que vous devez réfléchir.
Nadyne
